Wednesday, September 03, 2008

illusions ds l'éducation

Fait-on du français, uniquement en cours de français ? Autre illusion ministérielle… Parfois l’élève s’exerce plus à la pratique de notre langue en période d’histoire ou en cours de sciences. Il doit y faire des recherches documentaires ; il est obligé d’argumenter pour écrire un projet. Il y trouve plus d’intérêt que dans une suite d’activités séquencées où sont séparées vocabulaire, grammaire, orthographe et sens.
Qu’apporte à l’enseignement, cette volonté de compartimenter, de morceller en disciplines et sous-disciplines ? Le contraire de ce qui est attendu en réalité… Les évaluations montrent une diminution de la motivation, le temps effectif de l’apprentissage est réduit. Il faut que l’élève entre dans le travail, trouve du sens à l’exercice à faire. Il est certaine heure où sur 60 minutes, l’élève apprend 10 minutes… et encore ! Quand on observe une classe, que de temps perdus à attendre, à régler des questions d’organisation, voire de discipline. Dans cette conception de l’école, seule la bonne note peut encore fournir un peu d’envie d’apprendre, toutefois l’esprit consommateur de l’enfant est renforcé. Ce dernier entre alors dans une position d’attente qu’il conserve durant toute sa scolarité et qui fait perdre un temps immense d’apprentissage. Le « bon » élève attend que le maître enseigne pour apprendre. Pour la plupart des élèves tout devient alors prétexte à distraction ou à violence, la situation scolaire devient insupportable pour tout un chacun.

Favoriser l’autodidaxie, apprendre à l’élève à apprendre, favoriser son autonomie, son inventivité a contrario sont beaucoup d’heures gagnées. Les illusions pédagogiques sont nombreuses, et elles ont la vie dure ! Pourquoi attendre le lycée pour se rendre compte que les élèves ne sont pas assez « engagés » ou « autonomes » comme le remarque le même ministre Darcos dans sa réforme des lycées, et par là mal préparés aux études supérieures ou à la vie professionnelle. Tout le système préalable –et cela va être amplifié par cette nouvelle réforme- a favorisé la passivité, la docilisation des esprits, la soumission des comportements, –sauf chez quelques enseignants atypiques–.

Quand abordera-t-on en lieu et place de ces querelles illusoires d’heures, les questions pertinentes pour transformer l’école ? Quels savoirs sont aujourd’hui prioritaires pour un enfant du XXIème siècle ? Qui peut croire que le but de l’école primaire, c’est seulement apprendre à « lire, à écrire et compter[2] ». Pourquoi n’y a-t-il pas de place pour apprendre à… parler, à avoir confiance en soi ou à développer son imaginaire, son inventivité, sa réflexion critique, son esprit d’initiative dans une société en grand manque ? Etc.. Pourquoi les savoirs pertinents pour décoder l’époque ne sont-ils pas encore à l’école ? Pourquoi n’envisage-t-on toujours pas des initiations au droit, à l’économie, à l’anthropologie ou à l’éthique dès l’école maternelle ? Autant de savoirs désormais indispensables au quotidien et qui demandent une imprégnation très jeune.

Quand se rendra-t-on compte que ce n’est pas quand le maître enseigne que l’élève apprend ! L’apprentissage est un processus complexe qui ne peut passer par une « bonne » méthode. L’élève apprend à partir de ce qu’il est, son activité intellectuelle doit être engagée en permanence. Les ressorts sont multiples : la dynamique et la personnalité de l’élève sont déterminantes, ses conceptions préalables s’avèrent des passages obligés. L’enseignant ou du moins l’environnement éducatif est bien sûr prépondérant mais rarement comme on le croit, par une pédagogie de la transmission ou de l’activité. Tout est affaire de désir, de rencontres, d’interactions, d’aventure même...

Apprendre est une élaboration de sens ; c’est se confronter à la réalité, aux autres, à une culture ; c’est s’exprimer, argumenter, mais autant formaliser, modéliser, mémoriser. C’est encore et surtout mobiliser ensuite les savoirs et surtout prendre de temps pour réfléchir sur leur place, leur rôle et leurs usages ; autant de moments le plus souvent absents à l’école. Il faudra bien un jour revoir sérieusement l’emploi du temps, le cloisonnement disciplinaire et les activités pédagogiques, voire l’organisation constante en classes et en niveaux d’une part, et certainement la formation des enseignants d’autre part. Ce que l’enseignant peut seulement transmettre en direct est sa propre passion d’apprendre.

André Giordan
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